Enquête exclusive sur les Rose Croix d’hier et d’aujourd’hui
INTERVIEW EXCLUSIVE DE SERGE TOUSSAINT GRAND MAÎTRE DE L’ANCIEN ET MYSTIQUE ORDRE DE LA ROSE-CROIX
Quelles sont les origines de la Rose-Croix ?
Serge Toussaint : Sur le plan historique, l’Ordre de la Rose-Croix est apparu au XVIIe siècle, avec la publication de trois Manifestes connus désormais de tous les historiens de l’ésotérisme : La «Fama Fraternitatis» en 1614, la «Confessio Fraternitatis» en 1615, et les «Noces chymiques de Christian Rosenkreutz» en 1616. Quelques années plus tard, en 1623, les Rose-Croix se firent connaître davantage encore en placardant dans les rues de Paris de mystérieuses affiches faisant état de leur existence.
Sur le plan traditionnel, l’Ordre de la Rose-Croix est encore plus ancien, puisqu’il remonte aux Écoles de mystères de l’Égypte antique. Comme leur nom l’indique, ces Écoles étaient des lieux où l’on étudiait les mystères de l’existence. Cette étude donna progressivement naissance à une connaissance qui s’est perpétuée par la suite à travers les âges.
Mais l’A.M.O.R.C. en lui-même n’est pas apparu au XVIIe siècle !
Non. Depuis qu’il existe, l’Ordre de la Rose-Croix a toujours fonctionné par cycles d’activité suivis de cycles de sommeil. Sa dernière résurgence a eu lieu en 1909, sous le nom d’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix.
Pouvez-vous définir l’A.M.O.R.C. en quelques mots ?
Dans le monde entier, l’A.M.O.R.C. est considéré comme un mouvement philosophique non religieux et apolitique, ouvert aux hommes et aux femmes, sans distinction de race, de religion ou de classe sociale. En cela, il constitue une Fraternité internationale et cosmopolite, représentative de toute l’humanité. J’ajouterai qu’il est reconnu d’utilité publique dans certains pays, en raison de sa contribution à la culture et à la paix.
Vous avez dit «non religieux». Pourtant, la Rose-Croix est un symbole à connotation religieuse !
Pour les Rosicruciens, la croix représente le corps physique de tout être humain, à l’image de la forme qu’il prend lorsque nous nous tenons debout, les bras à l’horizontal et les jambes serrées l’une contre l’autre. Elle n’a donc aucun caractère religieux. Quant à la rose placée au centre, elle symbolise notre âme en voie d’évolution, ce qui suppose une approche spiritualiste de l’existence.
Y a-t-il un lien entre la Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie ?
Comme je l’ai dit précédemment, la Rose-Croix remonte au XVIIe siècle. La Franc-Maçonnerie, de son côté, est apparue au XVIIIe siècle. Certains Francs-Maçons de cette époque se sont inspirés du rosicrucianisme, ce qui explique pourquoi il y a des symboles, des concepts et des mots communs aux deux mouvements. Cela étant dit, ils sont de nos jours totalement indépendants l’un de l’autre. L’A.M.O.R.C. a d’ailleurs pour devise : «La plus large tolérance dans la plus stricte indépendance».
Au XXIe siècle, le mot «Ordre» est-il toujours approprié pour qualifier un mouvement philosophique ?
Se pose-t-on la question à propos de l’Ordre des médecins, des avocats, des architectes, ou encore des chevaliers de la légion d’honneur ? En fait, l’Ordre des Rosicruciens n’est autre qu’une Fraternité d’hommes et de femmes qui s’intéresse au mysticisme.
Quel est le but de l’A.M.O.R.C. ?
D’une manière générale, il est de transmettre un enseignement théorique et pratique destiné à mieux se connaître soi-même et à mieux comprendre le sens profond de l’existence.
Comment se présente cet enseignement ?
Il s’échelonne sur douze degrés et se présente de nos jours sous forme de fascicules d’environ cinq à dix pages que chaque membre reçoit chez lui à raison de quatre par mois. Ceux qui le préfèrent peuvent y accéder par Internet.
Parallèlement à cet enseignement écrit, les Rosicruciens qui le souhaitent peuvent se rendre dans des Loges et participer à des travaux collectifs qui perpétuent l’aspect oral de la Tradition rosicrucienne.
Selon vous, qu’est-ce qui fait la spécificité de l’A.M.O.R.C. ?
Il transmet un enseignement écrit et oral qui est très structuré et qui a fait ses preuves au cours du temps. Certes, on peut mener seul une quête spirituelle en lisant des livres, en participant à des conférences et en surfant sur Internet. Mais cela est nécessairement plus long et plus difficile que lorsque l’on suit une formation fondée sur un cursus bien établi. À titre d’analogie, on peut apprendre à lire et à écrire par soi-même, mais cela nécessite beaucoup plus de temps et d’efforts qu’en allant à l’école.
Vous êtes le Grand Maître actuel de l’A.M.O.R.C. Quel a été votre parcours pour en arriver là ?
Tout d’abord, je dois préciser que je suis le Grand Maître de la juridiction francophone et qu’il y en a un autre pour la juridiction anglophone, allemande, italienne, brésilienne, russe, etc. Par ailleurs, il y a eu plusieurs Grands Maîtres avant moi, et il y en aura après. En fait, on est élu dans cette fonction pour un mandat renouvelable de cinq ans.
Pour ce qui est de mon parcours, il n’a rien d’original. Après le collège, j’ai suivi une formation scientifique jusqu’au bac, puis j’ai passé le concours de l’École Normale pour être instituteur. J’ai enseigné plusieurs années, et c’est en 1977 que je suis devenu membre de l’A.M.O.R.C. En 1984, on m’a proposé de venir travailler au siège de la juridiction francophone. J’ai été élu à la fonction de Grand Maître en 1993, puis réélu en 1998, en 2003 et en 2008.
Je voudrais préciser également que le titre de Grand Maître est symbolique et qu’il désigne simplement celui ou celle qui dirige une juridiction de l’Ordre à un moment donné. Cela ne veut pas dire que je suis parfait et que je détiens la vérité. Très sincèrement, je me considère avant tout comme un étudiant de l’enseignement rosicrucien et comme un être humain en voie d’évolution.